L'actualité des Anciens de la Section Paloise

Une démolition porteuse d’espoir

 

« Ah, j’en avais vu de toutes les couleurs, croyez-moi en plus de 100 ans d’existence, moi, la tribune d’honneur du stade de la Croix du Prince.. J’en avais vu des essais d’anthologie, des « cad’debs » de rêve, des redoublées « biste hèit e plan fotut », des plaquages destructeurs ou « vicelards » ou « d’école » comme on disait, des mêlées tournées, retournées, relevées, bradassées dans la gadoue des dimanches pluvieux d’automne, des tirages de maillots sous des touches poussives, des « tortues » dévastatrices, des packs titanesques, des « up and under » attilesques, des brancards douloureux avec des sorties les pieds devant, des victoires homériques, des foules joyeuses et claironnantes, des publics chauvins et gouailleurs, des « beth ceü  » à tue-tête, des entraineurs autoritaires et hurleurs, des cris de passion, des cris de victoire, des cris de douleur, des cris de déception, des arbitres « juste bons à pendre », des bérets qui tournaient sur des têtes chauves, des parapluies et des cannes brandis comme des menaces, des éponges magiques sur des corps douloureux, des « arachides et holywoud » criés à la cantonade au milieu des travées et des buvettes bondées jusqu’à plus soif.

Rendez-vous compte que mes gradins étaient si près du terrain qu’on pouvait presque toucher les joueurs… Comme dans les stades anglais. Au point qu’on avait surnommé le stade de la Croix du Prince « le petit Twickenham ». Excusez du peu !

Et puis, un jour, on m’a trouvé trop vieille, quelque peu pourrie, à vrai dire... Fallait me remplacer par plus grand, plus bétonné… ailleurs. Quelle ingratitude !

Et, aujourd’hui, me voici mise à bas, sous les coups de boutoir d’un monstre rugissant, poutres et planches entremêlées, recouvrant tous mes souvenirs et ceux de tous mes « amoureux » qui m’avaient gardé dans leur cœur, joueurs, spectateurs, dirigeants, enfants et jeunes du quartier. Chacun pourrait faire un roman de tout ce que je leur ai laissé, offert de tranches de vie fortes, émouvantes.

Que même certains m’aimaient tellement qu’ils se sont promis de me remettre sur pied, redevenue plus belle encore, plus accueillante, plus fonctionnelle pour, qu’à nouveau, le stade, à mes pieds, résonne encore des joies du rugby.  Que je redevienne l’outil indispensable à la vie d’un club historique, aux multiples facettes, à la vie des jeunes du quartier aussi.

« C’est promis, ça se fera vite » qu’il a dit monsieur le maire. Moi, ça me tarde, j’espère que ça ne trainera pas trop longtemps. Sûr ! »

 

 

 

 



14/03/2019